La race

Le Laizhou Hong en Chine aujourd'hui

En bref#

En Chine, le Laizhou Hong (莱州红犬, Láizhōu hóng quǎn) reste avant tout un chien de garde rural. Il se vend sur les marchés aux chiens et sur des plateformes agricoles, le plus souvent entre quelques centaines et 2 500 yuans. Aucune source ne chiffre sa population ni ses élevages. Les pages chinoises se recopient beaucoup : un fait qui ne repose que sur une source est attribué à cette source.

Où le trouve-t-on ?#

Carte de situation de Laizhou dans la préfecture de Yantai
Laizhou (en rouge), ville-district de la préfecture de Yantai, au nord-est de la province du Shandong. Carte : Slb nsk, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

Selon la CKU (China Kennel Union), la race est « largement répandue à Laizhou, Longkou, Yantai et dans tout le pays ». L'encyclopédie en ligne Newton la dit relativement abondante au Shandong, au Shanxi, au Henan et en Anhui.

Les annonces récentes vont dans le même sens. Le 28 septembre 2026, la plateforme de commerce agricole 惠农网 (Huìnóng wǎng) affichait 21 annonces de Laizhou Hong. Elles venaient surtout de l'Anhui (Suzhou) et du Shandong (Heze, Jining, Jinan), aucune de Laizhou. Toutes associent le nom de la race à celui de « Rouge soviétique » (苏联红, Sūlián hóng).

Selon un article de Sohu de 2020, la race est rare sur les marchés aux chiens (狗市, gǒushì), et ceux qui la vendent sont surtout des marchands spécialisés dans son élevage.

Le marché de Zhuqiao, hier. Au début des années 1990, le bourg de Zhuqiao (Laizhou), berceau de la race, aurait été le plus grand marché aux chiens de Chine. Un article de revue agricole de 1994 s'intitule « Le plus grand marché aux chiens du pays est à Zhuqiao ». Les encyclopédies 360 et Newton désignent encore Zhuqiao comme le « plus grand site d'élevage » (最大繁殖地) de la race, sans date ni chiffre.

Combien coûte-t-il ?#

Période Prix relevé Source Remarque
Années 1980 ou 1990 selon les textes Plus de 10 000 yuans pour un étalon de premier choix Baidu Baike, article chinois de 2017 Chiffre répété partout, jamais sourcé
Décembre 2018 1 500 yuans ou plus pour un chien bien typé, invendable à 700 yuans si le dressage des oreilles a échoué Sina, reportage sur un marché aux chiens Lieu non précisé
Janvier 2020 2 000 yuans pour un jeune de 6 à 7 mois, rachat à 3 000 yuans minimum Sohu, reportage sur un marché aux chiens Seul exemple de prix de reprise
Mai 2020 500 à 2 000 yuans Site 爱宠网 (Àichǒng wǎng) Prix dit très fluctuant
Avril 2023 2 000 yuans Titre d'une vidéo Bilibili Titre seulement
Septembre 2026 299 à 1 400 yuans, surtout 300 à 600 21 annonces sur 惠农网 Prix d'appel, sans garantie

Pour fixer les idées, à un taux indicatif d'environ 8 yuans pour 1 euro, 300 yuans font environ 40 €, 2 500 yuans environ 310 € et 10 000 yuans environ 1 250 €. Cette conversion est approximative. Pour l'âge d'or, elle ne dit rien de la valeur réelle de la somme : selon un article de Sina de 2017, 10 000 yuans des années 1980 vaudraient aujourd'hui « sûrement plus de 100 000 ».

L'article de Sohu de 2020 et le site 爱宠网 parlent de prix gonflés par la spéculation (炒作, chǎozuò) des marchands. Dans le même article, un marchand promet de racheter au moins 3 000 yuans les jeunes chiens vendus 2 000 yuans s'ils lui sont rendus après plus de trois mois.

Les titres qui annoncent aujourd'hui « plus de 10 000 yuans » ne s'appuient que sur les prix de l'âge d'or. À l'autre extrême, dans une affaire jugée au Henan, un acheteur a prétendu que le Laizhou Hong ne valait que « quelques dizaines de yuans ». C'est l'allégation d'une partie, pas un prix constaté.

À quoi sert-il ?#

Chien de garde. C'est l'usage le mieux attesté, par le standard CKU comme par les textes chinois. Les annonces le vendent pour « garder la maison et la cour » (看家护院, kānjiā hùyuàn). Les encyclopédies le disent adapté à la garde des usines et des maisons.

Chasse au blaireau. Des articles de la CKU de 2017 citent la chasse. Un article chinois de 2017 et Baidu Baike en font un bon chasseur de blaireaux à museau de porc (猪獾, zhūhuān) et de petits animaux sauvages. Le texte d'amateurs cité plus bas le qualifie de « terminator des sangliers et des blaireaux ». Aucune source ne décrit une pratique réelle, et le standard CKU ne mentionne pas la chasse.

Chien de compagnie. Selon un article de Baidu de 2020, il trouve « peu à peu sa place » parmi les chiens de compagnie. Un emploi par la police, affirmé par certaines encyclopédies, n'est confirmé par aucune source policière.

La face sombre#

Chien de boucherie. Le Laizhou Hong a aussi été élevé pour sa viande, et ce dès les années 1990. En 1995, une revue agricole publie une « Méthode d'élevage du Laizhou Hong chien de boucherie ». La chronique officielle de la ville de Xintai (Shandong) pour 1986-2000 le range parmi les principales races de chiens à viande. Selon les encyclopédies Baidu et 360, dans un texte non daté, il resterait la principale race de boucherie dans certaines régions du Nord et du Centre de la Chine, où des élevages le croisent avec d'autres races. En 2026, 惠农网 classe encore ses annonces dans la rubrique « bétail vivant » (活畜, huóchù).

Combats de chiens. Des vidéos de combats de chiens mettant en scène des chiens présentés comme Laizhou Hong circulent sur des plateformes chinoises. Ce site condamne ces combats et ne renvoie pas vers ces vidéos.

Les pratiques du marché#

Oreilles collées. Chez le Laizhou Hong, les oreilles se dressent naturellement. Pourtant, selon un reportage de Sina de 2018, les marchands collent ou scotchent les oreilles des chiots pour les faire tenir, et le prix s'effondre si le dressage échoue. En 2024, le titre d'une vidéo de vendeur annonce un contraste « avant et après » le dressage des oreilles d'un chiot. Pour les sources chinoises, des oreilles molles chez l'adulte sont un signe de croisement.

Chiots vendus sous d'autres noms. « Rouge soviétique » est une étiquette commerciale. Les marchands l'ont appliquée à tout chien à dos noir, ventre rouge, poil court et oreilles dressées, y compris des chiens de Kunming réformés par la police et des croisés. Selon Baidu et 360, des chiots d'une « version boucherie » sont vendus pour de vrais Laizhou Hong. Baidu Baike affirme aussi qu'à partir de 2010 des éleveurs introduisent d'autres races pour faire passer leurs chiens pour des Laizhou Hong.

Dobermann ou Laizhou Hong ? En 2020 et en 2022, deux acheteurs ont soupçonné qu'un chiot payé comme dobermann était un Laizhou Hong, sans que la race soit jamais établie (voir Le Laizhou Hong et la loi en Chine). Le tribunal saisi rappelle que le commerce des animaux de compagnie manque encore de normes en Chine.

Peu d'élevages identifiés#

Aucune source ne donne un nombre d'élevages ni d'enregistrements CKU. Les vendeurs visibles en ligne se présentent comme des « bases d'élevage » (养殖基地, yǎngzhí jīdì) ou des « vendeurs spécialisés » (卖犬专业户), et certains proposent plusieurs races de garde.

Le seul élevage chinois identifié par son nom est Royal Blood Kennel, à Shantou (Guangdong), loin du Shandong. Selon son propre site, seule source sur ce point, il élève le Cane Corso, le Laizhou Hong et le Dogo argentin, et sa lignée de Laizhou Hong est inscrite au CKU-NB, le registre des races natives de la CKU. Aucun numéro d'enregistrement n'est publié. L'élevage vend dans le monde entier (voir Élevages dans le monde).

Ce que disent les éleveurs chinois#

Le principal texte venu du milieu des amateurs est celui de l'administrateur du forum Baidu Tieba (贴吧) « 莱州红吧 », consacré à la race, publié sur Sohu en 2017. Les encyclopédies affirment que la race produit une descendance homogène. Ce texte dit l'inverse : on ne trouve pas de chien parfait, et « presque chaque Laizhou est différent ». Il conseille de garder les reproducteurs qui produisent régulièrement de bons chiots, même s'ils sont moins beaux.

Il critique la course à la taille. Les acheteurs demandent d'abord « combien il mesure, combien il pèse », sans regarder le type, la robe ni le caractère. Selon lui, cette mode a produit des « dogues-cochons » (猪獒) chez le Dogue du Tibet, des Rottweilers « version Shaanxi », des « Langqing-ânes » (驴青), et touche aussi le Laizhou Hong.

Le même texte cite des étalons renommés dans le milieu : Aobama (« Obama »), Tiepi (« Tôle »), Luhu (« Land Rover ») et Dahu (« Grand Tigre »). Ce sont des noms de chiens, sans élevage, pedigree ni date.

Comment lire une page chinoise sur la race#

Les copies ne font pas des sources. La plupart des pages chinoises se ramènent à trois ou quatre textes recopiés : l'entrée « 苏联红 » de l'encyclopédie 360, l'entrée « 莱州红 » de Baidu Baike et une fiche « 中国红犬 » reprise par plusieurs sites. Le même article paraît parfois sous deux comptes différents. En 2020, un article de Baidu a même été republié en remplaçant « 莱州红 » par « 苏联红 », jusque dans les titres des références citées. Dix pages identiques valent une seule source.

Le label « 科普中国 » ne garantit rien. Les entrées Baidu Baike « 苏联红 » et « 莱州红 » portent la mention « certification d'autorité 科普中国 » (Kēpǔ Zhōngguó, « Chine science populaire »). Elles contiennent pourtant le nom latin d'une grenouille, une gestation de 18 à 25 jours et des chiffres contradictoires.

Des conseils recopiés d'une autre race. Les conseils d'achat de l'entrée « 苏联红 » (360, Baidu, Newton) parlent d'un lama qui consulte l'horoscope du chiot. Ils viennent manifestement d'un texte sur le Dogue du Tibet.

Attention aux unités. Les textes chinois comptent souvent en jin (斤, 500 g). Le « chiot de plus de 75 kg à six mois » de Baidu vient probablement d'une confusion entre jin et kilo.

Ce qui compte. Une date, un auteur identifiable, une source citée. Les textes de la CKU, les documents officiels et les articles datés passent avant les encyclopédies.

Sources#